Depuis 2003, le magazine de l'information économique calédonienne
Depuis 2003, le magazine de l'information économique calédonienne
Publié le
02 Mai. 2018

Économie calédonienne : vers un nouveau souffle ?

Économie calédonienne : vers un nouveau souffle ?

Tandis que le marasme économique ambiant semble laisser place à un réel rebond en Occident, la Nouvelle-Calédonie, elle, serre les dents. Comme à l’accoutumée, c’est avec retard qu’elle endure les remous économiques qui ont agité ces dernières années le reste de la planète. C’est aussi avec retard qu’une étincelle rallumera le moteur de l’économie. Et pour l’heure, la lumière semble loin, très loin, au bout d’un tunnel désespérément noir… Alors que faire ? Le dos rond en attendant que cela passe ? La société civile et notamment les acteurs économiques ont d’autres envies, d’autres ambitions. Celles de relever les manches et de profiter d’un très mauvais moment pour concevoir un modèle endogène, adapté aux besoins de la Nouvelle-Calédonie et de sa région. 

Soyons parfaitement honnêtes, la situation n’est pas reluisante. Les chiffres de l’Institut de la statistique et des études économiques (Isee) énoncent des faits on ne peut plus clairs : le secteur privé perd des emplois, affichant un recul de 1,2 % en 2016 et de 0,4 % en 2017. Le cumul est important puisque ce sont un millier d’emplois privés qui ne sont plus occupés. Dans sa synthèse de l’année 2017 pour les domaines de l’emploi et du travail, l’Isee ne fait pas de mystère : « Les baisses d’effectifs continuent d’affecter en priorité l’industrie […]. En 2017, le nombre moyen de salariés dans l’industrie diminue de 2,2 % par rapport à l’année précédente. » Autre élément chiffré qui dénote la mauvaise santé de notre marché, celui lié aux offres d’emploi et aux demandeurs d’emploi. « L’offre d’emploi est moins dynamique. En effet, le stock moyen d’offres actives en fin de mois progresse de 12,8% par rapport à 2016 tandis que le nombre de nouvelles offres d’emploi recule légèrement sur la même période (-1,7%). Les offres d’emploi sur le marché peinent à trouver preneurs. » Difficile à croire lorsque l’on ajoute que les licenciements économiques ont augmenté de 12 % en 2017, dont 38 procédures pour l’industrie manufacturière, un niveau qui demeure stable par rapport à 2016. Et les demandeurs d’emploi, eux, sont moins nombreux (-3,2 %)… Quelque chose ne tourne pas rond… 

Les échos de l’espoir

Les données sont certes étranges si on se contente de les poser les unes à côté des autres. Elles ne sont pas pour autant dénuées de sens. Les demandeurs d’emploi se lassent de chercher des contrats qui leur correspondent, les Calédoniens diplômés ne trouvent pas de postes qui conviennent à leurs qualifications, les entreprises ont besoin de soutien pour croire en l’avenir, pour investir et pour faire de nouveau appel à de la main-d’œuvre de tout niveau… Bref, c’est la crise ! Pourtant elle semble bel et bien s’estomper ailleurs. Lors de ses vœux à la Fédération des entreprises des Outre-mer (Fedom), Annick Girardin, la ministre des Outre-mer, présentait en effet des chiffres revigorant pour la France : « Une croissance flirtant avec les 2% en 2017 ; un moral des entreprises au plus haut depuis 10 ans ; une France qui retrouve son attractivité. Le président de la République recevait à Versailles 140 dirigeants de multinationales lors du sommet “Choisir la France” avec à la clé : des projets d’investissements à hauteur de 3,5 milliards d’euros et quelque 2 200 créations d’emplois sur le quinquennat. » Les États-Unis aussi, sous l’impulsion d’un président adepte d’une politique protectionniste, affichent une belle santé avec à peine plus de 4 % de chômage, une croissance annoncée du PIB et une réforme fiscale qui donne le sourire aux habitants. Un bilan positif, mais qui ne prend pas en compte d’autres aspects de la société, santé, sécurité, éducation ou autre considération qui ne manquent pas de jouer un rôle dans le bien-être général des populations. La Nouvelle-Calédonie a, de son côté et à son niveau, l’opportunité de trouver des leviers de relance tout en construisant la société qu’elle aura choisie. Et la société civile ne manque pas d’idées ! 

Quelle société veut-on ? 

La relance de l’économie calédonienne n’est pas une question à déconnecter de la question sociale et sociétale. Bien au contraire ! On a toujours voulu présenter l’archipel du Pacifique Sud comme un laboratoire : allons-y ! Comme partout dans le monde, les habitants du Caillou commencent à s’intéresser de plus près à leurs aspirations, à leurs envies de vivre mieux dans un environnement préservé, avec un rythme qui leur convient. Si l’emploi salarié conserve toute sa légitimité pour le fonctionnement d’entreprises performantes, les Calédoniens démontrent toutefois en permanence qu’ils sont des entrepreneurs, qu’ils aiment travailler « à leur compte », être les chefs de leur entreprise individuelle. Le territoire n’a plus qu’à innover, à trouver les moyens de donner des perspectives à ces dizaines de milliers de travailleurs, acteurs d’une économie en mouvement, prestataires d’entreprises plus importantes, eux-mêmes moteurs d’innovation. Le modèle est en accord avec la nature même de la Nouvelle-Calédonie, une terre à la géographie parfois ingrate, mais une terre aux cultures aussi nombreuses que complémentaires, une île où l’économie passe aussi, voire surtout, par les liens personnels. « La Calédonie aurait pu être exemplaire en matière d’entreprise individuelle, affirme Chérifa Linossier, présidente de la CPME. Nous aurions dû être leader sur le dossier. Les Calédoniens qui travaillent en tribu pour vendre ensuite aux coopératives en font partie. C’est très intéressant pour notre économie, mais il ne faut pas y mettre d’administration sans quoi on ajoute une lourdeur qui détruit tout. Nous ne sommes pas obligés d’appliquer le système français, nous avons les compétences pour écrire ce dont nous avons besoin et c’est le terrain qui doit dicter ce dont nous avons besoin ! » 

Une économie à notre image

Dans tous les domaines qui lui sont dévoués, la Nouvelle-Calédonie peut prendre ses décisions, créer ses codes. Donner des leviers à l’innovation ? C’est le moment ! Soutenir ceux qui souhaitent se tourner vers l’exportation ? Tentons l’aventure ! Évoluer dans une entreprise ou dans un secteur d’activité en se formant ? Mettons l’accent sur la formation tout au long de la vie ! Bien entendu qu’il faudra faire des choix et mettre en œuvre les choses les unes après les autres. Quoique… Lorsqu’une politique veut naître et prendre de l’ampleur, elle n’a d’autre choix que de se doter d’outils performants et complémentaires. Sans quoi elle demeure à l’état de théorie. C’est d’ailleurs l’idée qui porte les premiers efforts fournis pour la rédaction d’un code de développement industriel. Le projet, directement issu des États généraux de l’industrie, est ambitieux, mais indispensable aux yeux du secteur pour évoluer dans un cadre réglementaire avec efficacité et ambition. Quitte à ce que le projet émane de la société civile ! Alors que les indicateurs économiques auraient tendance à nous dire d’attendre, ces acteurs qui évoluent hors des sphères politiques ont décidé d’agir, de partager leurs idées, de travailler à leur mise en œuvre et de procéder du terrain vers les politiques, de la vie réelle vers les sphères décisionnelles. Après tout, n’est-ce pas cela une élection ou un référendum ? Le peuple choisit, les élus agissent en conséquence. L’économie calédonienne, elle aussi, peut partir du terrain !

Tout est dit…

Si certains acteurs investis dans l’économie calédonienne ont bel et bien décidé d’agir aujourd’hui pour construire un système endogène et pérenne, les ingrédients ont tous ou presque été énoncés par Philippe Germain dans sa déclaration de politique générale du 22 décembre dernier, lançant l’action du 15e gouvernement de la Nouvelle-Calédonie : « Au service d’une société en confiance, notre responsabilité collective est de soutenir l’activité économique. Le premier signal que nous devons adresser est notre volonté de nous engager dans la simplification des démarches administratives […]. Le deuxième signal attendu par les entrepreneurs est un soutien à l’investissement […]. Le troisième signal à donner est notre appui à la consommation […]. Le quatrième signal à donner est notre engagement en faveur du dialogue social […]. Le cinquième signal est notre détermination à favoriser la diversification […]. Notre dernier signal est d’accompagner l’exportation par notre politique d’intégration régionale. » Tout est dit !

Travailler en commun

Pas d’idéologie, pas d’engagement politique. La seule démarche que soutient la FINC depuis plusieurs années maintenant consiste à travailler ici et maintenant avec tous ceux qui veulent construire une économie forte et endogène.

En ce sens, la Fédération des industries a mené un long travail d’analyse et de réflexion avec l’USTKE en 2017, animé de l’envie de se plonger dans la construction concrète de l’avenir. Un cycle de cinq conférences baptisé « Au-delà du nickel : quel modèle économique et social pour la Nouvelle-Calédonie demain ? », a permis de réfléchir à d’autres axes de développement pour la Nouvelle-Calédonie que l’exploitation de son minerai. Le foncier et l’habitat, le désenclavement de l’archipel, l’autosuffisance alimentaire, la culture et le tourisme, la formation et l’emploi…. Autant de thématiques débattues pour aboutir à des projets à l’échelle du pays. Cinq ont été particulièrement retenus : la gestion de la ressource en eau, l’intégration des critères privilégiant la production locale dans les marchés publics et parapublics, la mise en place d’une coopérative pour l’écoulement des produits locaux, le pilotage pays de la gestion du logement et de l’habitat et le respect du mode de vie océanien dans la construction des logements. Xavier Benoist, président de la FINC, affirmait : « Nos organisations syndicales patronales et de salariés que sont la FINC et l’USTKE ont une responsabilité dans la construction de notre modèle économique et social. Nous devons porter et proposer des solutions. Nous avions donc identifié des intérêts et des objectifs convergents pour engager un effort commun d’élaboration de diagnostic partagé et de propositions opérationnelles dans une phase importante de notre histoire. » André Forest, quant à lui, président de l’USTKE, expliquait : « Pourquoi avoir engagé ce travail commun avec une organisation patronale ? Parce qu’il nous faut construire un pays plus juste, plus équilibré, donner du travail et de l’espoir aux nouvelles générations. Si les inégalités persistent, on va droit dans le mur. Il faut donc trouver des convergences entre les différentes forces de ce pays, et réunir les énergies chaque fois que cela est possible. »

Auteur

Anne-Claire LÉVÊQUE

Anne-Claire LÉVÊQUE

Journaliste polyvalente, Anne-Claire L'évêque travaille en radio et en presse écrite. Elle est établie en Nouvelle-Calédonie depuis 2007.

 Pour suivre l'actualité, abonnez-vous à notre lettre d'information.

MADE IN

Journal économique de Nouvelle-Calédonie

Bureaux

Immeuble Oceanic
1er étage
3, rue Henri Simonin
Ducos

Courrier

MADE IN
BP 27035
Nouméa Cedex
Nouvelle-Calédonie

Contacts

Tél. : (687) 281 291
 Rédaction
 Publicité

FINC Le magazine Made In est une publication de la Fédération des Industries de Nouvelle-Caledonie -  Voir le site
 Copyright @ FINC - 2007-2018 | Conception et réalisation :  PAO Production