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Publié le
07 Aoû. 2012

Réconcilier les Français avec leur industrie

Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif
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Photo © CWalter

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Mise en place à l’issue des États généraux de l’industrie en 2010, la Conférence nationale de l’industrie est désormais organisée chaque année afin de « poursuivre les réflexions engagées et suivre la politique industrielle qui sera mise en place », et renforcer ainsi la cohésion des personnes qui font vivre la politique industrielle française. Elle est composée de membres de droit (les ministres concernés, le commissaire général à l’investissement, le médiateur national du crédit, le médiateur des relations interentreprises industrielles, un député, un sénateur, un représentant français au Parlement européen) et de trois collèges : les entreprises industrielles, les salariés de l’industrie et des personnalités qualifiées.

En préambule, Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif, a rappelé que cette conférence s’inscrivait dans « l’esprit de reconquête du dialogue social, de l’union des forces économiques et sociales, de la réconciliation des Français avec leur industrie. » Pour lui, la théorie de « la France sans usines » portée par des générations de dirigeants économiques et politiques a conduit à sacrifier l’appareil productif. « En imposant le modèle libéral financier à notre pays, ils ont fait de la France « une Nation sous influence », une Nation dans la dépendance vis-à-vis des pays qui produisent. Une France de consommateurs, de consommateurs appauvris et au chômage. »

Le redressement productif, c’est une vision, l’évolution d’un modèle, a souligné par ailleurs le Ministre. Un modèle entrepreneurial, innovant et patriotique qui consacre la production de biens comme une richesse solide et non soumise aux aléas des marchés financiers. « Le redressement productif, c’est le redressement de l’image de l’industrie. Une industrie qui n’est pas sale, une industrie innovante, une industrie consciente de sa responsabilité sociale et environnementale. Nous devons réconcilier les Français avec leur patrimoine industriel et les mobiliser autour de la reconquête industrielle. » 

Rééquilibrer le coût du travail et le coût du capital

Partant de ces constats, Arnaud Montebourg a annoncé son plan de reconquête. Un plan orienté sur cinq fronts. Le premier est celui de la compétitivité des entreprises françaises. « Le financement de la protection sociale, qui est adossé sur le travail, pèse sur notre développement industriel et nuit à l’emploi, affirme le Ministre. Il ne s’agit pas de remettre en question la qualité de notre protection sociale, mais de rééquilibrer, dans un esprit de justice, le coût du travail et le coût du capital. C’est un levier majeur de l’amélioration de notre compétitivité, et un levier pour l’emploi. » La question du financement de la protection sociale fera l’objet de concertation et de travaux confiés à Louis Gallois par le Premier ministre, dans le cadre d’une mission sur la compétitivité des entreprises au sein du Haut Conseil du financement de la protection sociale. L’objectif est de préparer la mise en œuvre d'actions concrètes d'ici à la fin de l'année, pour améliorer l’environnement des entreprises.

S’agissant de l’amélioration de la compétitivité, Arnaud Monteboug a insisté sur la nécessité de miser sur la qualité des produits fabriqués. « L’excellence existe, il s’agit de la multiplier, de la diffuser, de la porter. La qualité de notre main-d’œuvre et celle de notre savoir-faire sont des atouts que nous devons cultiver. La formation ne sera plus le parent pauvre de l’industrie. Réconcilier les Français avec l’industrie, c’est réformer notre système éducatif et de formation professionnelle, pour que les métiers de l’industrie soient mieux compris et attirent les jeunes et les plus talentueux. »

Financement de l'économie réelle

Pour mener à bien notre reconquête industrielle, il faut évidemment des moyens. Le financement de cette reconquête sera garanti par un dispositif de financement ambitieux assurant la mutation progressive du modèle économique. « L’incitation à employer l'épargne domestique au bénéfice de l’investissement productif reste aujourd’hui largement insuffisante, alors qu’il y a là un gisement de ressources très important, sans commune mesure avec les crédits publics. Il faut réconcilier l'épargne et l’industrie », insiste le Ministre. Son souhait est que l’épargne drainée par l’assurance-vie - et encouragée fiscalement - soit orientée vers le financement en fonds propres des entreprises. La création d'un livret d'épargne industrie, dont le produit sera dédié au financement des PME et des entreprises innovantes, permettra de mobilier l'épargne des Français. « Le Livret épargne industrie a pour vocation de rapprocher les citoyens de leurs entreprises régionales en drainant l’épargne nationale pour financer l’économie locale. »

Arnaud Montebourg entend également créer la Banque publique d’investissement, afin d’attaquer de front le problème du financement des PME, qui sont, rappelle-t-il, « créatrices d’emplois et de richesse. »

Le troisième axe de la reconquête industrielle passe par la reconquête de la souveraineté énergétique, qui elle-même passe par un investissement massif de tous les acteurs dans l’efficacité énergétique. « La maîtrise de nos ressources énergétiques et des matières premières nous permettra de sécuriser l’approvisionnement de notre industrie. »

Une impulsion à donner à l’innovation

Le quatrième front de cette reconquête industrielle est celui de l’innovation. « C’est dans cette France des inventeurs, des créateurs, des ingénieurs que réside notre potentiel de croissance, souligne Arnaud Montebourg. Nous devons la soigner, l’accompagner, la guider. » Et ce d’autant plus que l’industrie est à l’origine de 85 % de l’effort de recherche mené par les entreprises en France. Mais vu le développement technologique, il est important, voire urgent, de se mettre en position de produire les biens de demain. Or, malgré la qualité des hommes - ingénieurs, chercheurs, développeurs, inventeurs -, la France accuse toujours un retard en matière d’innovation, parce qu’il y a encore trop peu de mise en commun de la connaissance créée, qui est pourtant à la base des processus innovants. « Je propose donc d’abord de renforcer l’écosystème de l’innovation (…) en poursuivant la politique des pôles de compétitivité, et en rendant l’innovation accessible à tous, y compris les plus petits. »
Le Ministre souhaite ainsi multiplier des plateformes qui diffuseront les technologies innovantes aux PME et aux entreprises de taille intermédiaire. « Notre politique industrielle sera cohérente et réfléchie. Elle prendra en compte les filières, les territoires et les hommes. »

Dernier front, et non des moindres, la nécessaire réconciliation du producteur et du consommateur. Une étude du CREDOC parue en 2011 montre que 60 % de nos concitoyens sont prêts à payer un peu plus cher les biens qu’ils consomment, dès lors qu’ils sont fabriqués en France. Un chantier a donc été entamé pour « promouvoir la « marque France » qui pourrait être un système de labellisation, estampillant le « fabriqué en France », et allant au-delà pour permettre une véritable traçabilité sociale et environnementale. »

Médecine d’urgence

Pour affronter la crise, le ministère du Redressement productif a mis en place une équipe « d’urgentistes » pour stopper l’hémorragie. Arnaud Montebourg a en effet nommé 22 commissaires au redressement productif dans chacune des régions métropolitaines. « Ce sont des personnes de terrain, des négociateurs et facilitateurs armés d’un pouvoir politique », a-t-il expliqué. Leur mission est double. Ces commissaires sont chargés d’intervenir comme interlocuteur unique auprès des entreprises en difficulté afin d’aider à la résolution de leurs difficultés, mais aussi d’animer une cellule régionale de veille et d'alerte précoce pour intervenir en amont et aider à une solution viable. « Toutes nos données convergent vers ce même constat : une entreprise a plus de chance de remonter la pente quand elle est prise en amont du redressement judiciaire.  Notre méthode : rapidité, coordination des acteurs, négociation. Notre objectif est de sauver tout ce qui peut l’être pour préserver et bâtir la sortie de crise. Car il est compliqué de redémarrer une usine fermée ; et il est difficile de faire revenir une usine délocalisée. » 

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