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Publié le
03 Mai. 2018

Emmanuel Macron en Nouvelle-Calédonie : Une visite haute en symboles

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©Ch.A.P./Rectiligne
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Après son déplacement de deux jours à Sydney, le chef de l’Etat est attendu en Nouvelle-Calédonie ce jeudi 3 mai 2018. Une visite historique qui l’amènera sur les terres d’Ouvéa samedi.

Il est le 7e président de la République à se déplacer en Nouvelle-Calédonie. Et c’est un séjour pour le moins symbolique que s’apprête à faire Emmanuel Macron à six mois du référendum du 4 novembre 2018.

Dès son arrivée, cette après-midi, le chef de l’Etat se rendra place Bir Hakeim où un accueil républicain lui sera réservé, puis au Sénat coutumier, pour une cérémonie coutumière. Cette première journée se terminera par un dîner avec les chefs de groupes politiques. Le président, par la voie de son service de presse, a prévenu. Il n’y aurait pas de prise de position sur le référendum, « le président de la République ne faisant pas campagne ». Pour autant, la question à l’accession à la pleine souveraineté devrait être au centre des échanges de cette première soirée.

Demain, le chef de l’État se déplace à Koné. Il sera accueilli par Paul Néaoutyine, président de la Province Nord, le commissaire délégué, et les maires de Koné, Joseph Goromido (Union nationale pour l’indépendance) et de Pouembout Robert Courtot (Calédonie Ensemble). Une cérémonie coutumière lui sera présentée avant de partir visiter le lycée Michel-Rocard de Pouembout.

À son retour à Nouméa, Emmanuel Macron se rendra dans le quartier de Pierre Lenquette-Montravel et de Tendu. Un moment d’échange et de partage avec les habitants, les associations de quartiers ainsi que la police nationale et la gendarmerie qui évoqueront, immanquablement, les questions d’insécurité et d’incivilité dont ils sont les premières victimes.

La journée se terminera à la résidence du Haut-commissariat avec les membres de la Communauté du Pacifique que préside cette année le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie. Les échanges devraient tourner autour du changement climatique.

Date anniversaire

Symbolique, la date du 5 mai pour le déplacement à Ouvéa n’a pas été choisie au hasard. Le 5 mai 1988, le GIGN menait un assaut meurtrier contre la grotte de Gossanah où des indépendantistes retenaient des gendarmes en otages. Trente ans plus tard, ce sont « trois gestes de mémoire et de recueillement » qu’a souhaité l’Elysée pour la première visite d’un chef d’Etat depuis ces Evènements. Trois gestes, préparés avec les familles, devant la stèle des militaires tués en mai 1988, sur le lieu du monument des Kanak tués le 5 mai 88 à Hwadrilla et sur le lieu où sont tombés les deux chefs indépendantistes Jean-Marie Tjibaou et Yeiwéné Yeiwéné un an plus tard lors de la levée de deuil, en 1989.

« Respectueux du deuil des familles », Emmanuel Macron veut, à travers sa venue « honorer les morts, les familles et saluer les gestes de réconciliation qui se sont déroulés entre gendarmerie et familles et entre les familles entre elle », assure l’Elysée.

Délicate visite à Ouvéa 

Ce déplacement n’allait pas de soi et a fait l’objet de nombreux échanges avec les coutumiers de l’île. Reste qu’aujourd’hui, il ne fait pas l’unanimité. Il est en effet très mal perçu par le collectif de Gossanah qui refuse la présence du chef d’Etat à Hwadrilla et entend rester mobiliser pour le faire savoir. « Le 5 mai, c’est notre jour de deuil, jour de recueillement, insiste le collectif dans son communiqué. Macron arrive ici pour déranger notre intimité. […] »

Toutefois, une réunion s'est déroulée ce mardi 1er mai 2018 à la grande chefferie Weneguei  à Fayaoué. Dans un communiqué adressé par le porte-parole Jean Wanabo, les chefferies Daoume et Weneguei ont pris « la décision commune d'inviter la population d'Ouvéa à venir se recueillir devant la stèle des 19 morts d'Ouvéa et à accueillir le président Emmanuel Macron à la chefferie de Hwadrilla. 30 ans déjà, chacun ne peut oublier l'histoire douloureuse de l'îles d'Iaai. Aujourd'hui, une nouvelle page se tourne, il faut avancer et se projeter dans un avenir serein car nos enfants espèrent vivre avec les autres ethnies sur une terre de partage et de paix. » Des propos qui tempérent ceux du collectif Gossanah.

Une marche pour « ne pas être oubliés »

 Autre temps fort de cette journée du 5 mai, la remise de l’acte de prise de possession de 1853 à la Nouvelle-Calédonie au nom de l’empereur de France Napoléon 3. Hautement symbolique, cette remise marque le temps révolu de la possession. Le temps désormais ouvert au processus de décolonisation initiée avec l’Accord de Nouméa le 5 mai 1998. « Un accord de libre adhésion, souligne l’Élysée qui assure que les Calédoniens choisiront eux-mêmes leur destin » le 4 novembre prochain lors du référendum d’autodétermination.

Mais ce geste n’est pas du goût de tous les politiques et notamment dans le camp Loyaliste.

Car si l’attente d’une reconnaissance de l’identité kanak est forte du côté des indépendantistes, c’est aussi le cas pour les Calédoniens attachés au maintien dans la France. Ainsi, le parti de Sonia Backès, les Républicains Calédoniens, considèrent que le projet de remise de l’acte de prise de possession à la Nouvelle-Calédonie est inopportun. « La séquence s’inscrit dans un programme présidentiel déséquilibré en défaveur de ceux qui veulent rester français », regrette le parti politique qui appelle à une marche vendredi 4 mai, « pour montrer la réalité de la volonté de la majorité des Calédoniens à rester dans la France. »

Cette marche est d’autant plus symbolique qu’elle devrait compter dans ses rangs bon nombre d’exclus du corps électoral référendaire, et qui ne dispose « que de ce moyen pour manifester leur attachement à la France », ainsi que le souligne l’un d’eux, Tristan Derycke-Andréani, élu municipal et adjoint au Maire de la ville de Nouméa, et par ailleurs soutien d’En Marche, sur les réseaux sociaux.

Nicolas Sarkozy avait clairement dit sa préférence pour une Nouvelle-Calédonie dans la France, et François Hollande, promu l’équidistance. Quelle sera la partition d’Emmanuel Macron ? Autant dire que le discours du président de la République à l’issue de son séjour sera écouté avec attention.

Auteur

Charlotte ANTOINE-PERRON

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Rédactrice en chef

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