Depuis 2003, le magazine de l'information économique calédonienne
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Publié le
26 Nov. 2011

Faut-il avoir honte de protéger son industrie locale ?

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À l’heure où tant d’autres pays font le choix du protectionnisme, comme le Brésil, l’Inde, les États-Unis, l’Argentine, etc., la Calédonie doit-elle avoir honte de protéger son industrie locale, fournisseur d’emplois, d’hommes d’expérience et de produits de qualité ?

Ce n’est un secret pour personne, aujourd’hui, de plus en plus de pays ferment leurs frontières aux importations afin de protéger le développement de leurs productions locales. D’ailleurs, dans la 8e édition de son rapport sur le suivi des mesures potentiellement restrictives, la commission européenne dresse un état des lieux exhaustif de ces mesures mises en place par la majorité des pays. En septembre 2011, 424 mesures restent toujours en vigueur ; 131 ont d’ailleurs été introduites dans l’année, et certaines d’entre elles, mises en place pendant la crise, ont été prolongées ou étendues. C’est dire si le cas de la Calédonie est loin d’être unique.

Préférence locale

Globalement, les politiques d’industrialisation sont souvent accompagnées de mesures de soutien à certains secteurs de l’industrie et de protections de marché, visant à les protéger de la concurrence étrangère sur le marché intérieur et à augmenter leurs performances à l’export. Cela a permis de consolider des économies émergentes, comme celles de l’Argentine ou du Brésil. « En général, cette politique repose sur la substitution des importations, la préférence locale et une exigence de transfert de technologie », souligne le rapport de l’Union européenne.

À ce jour, par exemple, l’Argentine reste le principal utilisateur des restrictions frontalières visant les importations. « Et ce, afin de contrer les fraudes et pratiques déloyales liées aux produits importés d’Asie principalement. » 

L’an dernier, le Brésil en a d’ailleurs fait de même, afin de protéger son marché en augmentant les droits à l’importation, notamment pour les textiles et les vêtements, ainsi que pour les véhicules. Ces derniers sont d’ailleurs dans le collimateur du ministre de l’Industrie et du Commerce extérieur brésilien, Fernando Pimentel. Dans un article des Échos du 19 septembre dernier, il avait prévenu : « Au premier semestre 2011, les importations de voitures ont représenté 28 % des ventes. Un chiffre particulièrement élevé. Ça ne fait aucun sens. Nous allons réduire cela. » Et ça n’a pas traîné : 30 % de taxe supplémentaire au titre de l’impôt sur les produits manufacturés. Rien de moins. Et « les constructeurs locaux doivent aussi utiliser 65 % de composants locaux pour ne pas s'exposer aux mêmes sanctions, en vigueur jusqu'à la fin de l'année prochaine », précise le périodique.

Les États-Unis ne sont pas en reste

De leur côté, Russie et Indonésie ont également révisé leurs droits à l’importation pour protéger leurs industries nationales, et notamment les entreprises agroalimentaires, pharmaceutiques et produits industriels. Le Vietnam a aussi rendu l’importation de certains produits plus complexes. Vins et spiritueux, téléphones mobiles et cosmétiques doivent aujourd’hui montrer plus que patte blanche…

En matière de protectionnisme, les États-Unis ne sont pas en reste non plus. Dernièrement, comme en témoigne un article de La Tribune du 12 octobre, « le Sénat américain a reproché, notamment, à la Chine de détruire des emplois, grâce à un yuan sous-évalué qui facilite ses exportations. » Un texte de loi taxant les produits qui profitent d'un dumping monétaire a par conséquent été adopté le 11 octobre dernier. 

Les Français plébiscitent le « made in France »

En métropole, alors qu’Arnaud Montebourg, candidat à la primaire socialiste, lance un pavé dans la mare avec son essai Votez pour la démondialisation qui vise à en finir avec les délocalisations et les baisses de salaires, les Français plébiscitent le « made in France ». D'après une étude du Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie (Credoc), près de deux Français sur trois (64 %) se disent prêts à payer plus cher pour des biens industriels fabriqués localement, plutôt que hors Europe. Cinq ans auparavant, ils étaient moins d’un sur deux. « Inquiétés par les délocalisations, les Français deviennent plus réticents vis-à-vis de la mondialisation, explique le Credoc. Conscients que les choix de consommation peuvent influer sur le comportement des entreprises, certains optent pour une consommation
« solidaire », choisissant leurs produits selon des critères éthiques, allant même, parfois, jusqu’au boycott. » D’après cette même étude, huit personnes sur dix restent persuadées que le développement économique de la France ne peut pas se passer d’un secteur industriel fort. Se pourrait-il que pareil esprit flotte sur la Calédonie ?

Rappelons que les protections de marché sont avant tout un outil de développement économique du Territoire. La FINC, au nom des industriels, réaffirme qu’elle a toujours été favorable à la réforme de ces protections de marché en les associant à des contrats de performance négociés avec des objectifs d’amélioration de la compétitivité de la production locale. De même, la FINC a toujours souhaité une lutte contre tous les abus. Mais comment réformer si, déjà, la contribution de l’industrie à l’économie calédonienne et à l’emploi n’est pas reconnue ? Comment réformer si les mesures pour le développement d'une industrie locale de transformation sont systématiquement attaquées, alors que les investisseurs industriels ne peuvent s'engager que s'ils disposent d'une stabilité
économique et politique ?

C’est pourquoi les industriels réclament aujourd’hui l’installation d’un commissaire au développement endogène, à l’exemple de La Réunion-Mayotte, de la Guyane et des Antilles.

Auteur

Charlotte ANTOINE-PERRON

Charlotte ANTOINE-PERRON

Rédactrice en chef

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