Depuis 2003, le magazine de l'information économique calédonienne
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Publié le
26 Nov. 2011

Il faut savoir jouer de ses atouts territoriaux

 « Pour un territoire, le développement économique endogène vient de ses entreprises locales, industries ou petites et très petites entreprises, notamment de l’artisanat, explique Bertrand Coûteaux. Ce sont elles qui créent la richesse. Sans entreprises, il n’y a pas de solution durable. Il est important d’avoir cette conscience. »
« Pour un territoire, le développement économique endogène vient de ses entreprises locales, industries ou petites et très petites entreprises, notamment de l’artisanat, explique Bertrand Coûteaux. Ce sont elles qui créent la richesse. Sans entreprises, il n’y a pas de solution durable. Il est important d’avoir cette conscience. »

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Le 30 novembre 2010, Marie-Luce Penchard, ministre chargée de l’Outre-mer, installait Bertrand Coûteaux, commissaire au développement endogène pour l’océan Indien. L’occasion de rappeler sa mission : celle de développer les productions locales en structurant les filières et en favorisant l’insertion économique du territoire dans son environnement régional.

Made In : On en parle beaucoup, mais que signifie le terme de « développement endogène » ?

Bertrand Coûteaux : C’est la question que nous nous sommes posée quand nous avons été recrutés (rires), car cela recèle des ambiguïtés et peut prêter à malentendus. À la suite des états généraux d’outre-mer, le concept d’endogène a été beaucoup évoqué. En fait, il s’agit au départ de la mise en valeur des atouts territoriaux, sans pour autant être un repli sur soi, bien au contraire. Il y a des atouts dans un territoire, des compétences, des entreprises de qualité, des potentiels de développement. Il faut les exploiter partout où cela peut l’être. Mais on peut aussi jouer de ces atouts territoriaux dans l’environnement extérieur, immédiat ou plus lointain. Il y a du savoir-faire acquis dans ces îles qui peut aller bien au-delà des frontières. C’est dans cette optique que le gouvernement a proposé à trois territoires la nomination de commissaires au développement endogène, des personnes issues du secteur privé, directement rattachées à la ministre de l’Outre-mer et disposant des pouvoirs nécessaires pour faire bouger les choses.

MI : Vous êtes en poste depuis un an, quel bilan pouvez-vous tirer ?

B. C. : Après quelques mois de travail, il apparaît clairement que les solutions de développement économiques, c’est-à-dire de création de valeur, reposent essentiellement sur le secteur privé. Dans le même temps, il est indispensable que ce secteur privé soit mieux représenté dans toutes les instances de décision et les arbitrages visant à son propre développement. Je constate qu’en la matière, il reste beaucoup à faire. Bien souvent, les besoins du secteur privé ne sont pas pris en compte. Notre rôle de commissaire au développement endogène est d’être des facilitateurs. Ainsi, j’interviens à La Réunion sur différents dossiers, dont deux principaux : un sujet exogène, à fortes conséquences endogènes ; et un second, endogène au sens strict. Dans les mois à venir, je vais aussi travailler sur trois autres sujets : les TIC (technologies de l’information et de la communication), le tourisme, et le transport maritime, trois sujets importants par leurs effets endogènes.

MI : Vous parliez d’un sujet exogène à conséquences endogènes. Expliquez-nous…

B. C. : La Réunion a une filière élevage très organisée, mais qui importe 250 000 tonnes de matières premières agricoles par an. Or, lorsque l’on est dépendant de son approvisionnement à l’extérieur, on est sujet à la spéculation sur les prix, à la difficulté de s’approvisionner, aux délais, etc. Ces contraintes constituent aujourd’hui le talon d’Achille de la filière élevage réunionnaise. Or, cette île ne peut pas produire ces matières premières agricoles, notamment en raison d’un problème de disponibilité du foncier agricole sur un territoire exigu. La seule solution est de faire du codéveloppement dans les territoires qui l’entourent. Nous avons donc entrepris de travailler à la coproduction de 150 000 tonnes de matières premières sur le territoire de Madagascar et autant sur le Mozambique, là où il y a beaucoup de terres agricoles. Nous envisageons ce travail « Ensemble et Autrement », c’est-à-dire selon les principes du développement durable et avec des actions de développement communautaire dans des pays qui ont leurs propres besoins à satisfaire. Le partenariat privé/privé/public permettra de produire dans de bonnes conditions et sécuriser la filière élevage réunionnaise par la maîtrise des coûts (temps de transport réduit, stockages moins importants et moins longs). Ceci consolidera les efforts réalisés en vue de prendre des parts de marché pour les productions endogènes par la maîtrise des coûts à la consommation.

MI : Le deuxième dossier est plus endogène celui-ci…

B. C. : Effectivement. Les producteurs de fruits et légumes satisfont aujourd’hui 80 à 90 % du marché intérieur en produits frais, mais ne fournissent que 3 000 tonnes de produits transformés sur un marché de 33 000 tonnes. Leur idée était de fournir 6 000 tonnes, c’est-à-dire doubler leur production. Un tel projet implique deux effets endogènes : une production locale de fruits et légumes et une transformation locale. Ceci permettrait, en principe, de fournir un marché essentiellement dominé par les importations, commandées pour les besoins des collectivités (restauration collective) et les GMS. Mais lorsque l’on regarde de plus près ce que font les leaders mondiaux, par exemple Bonduelle et D’aucy, ils produisent respectivement 350 000 et 250 000 tonnes par an… On aborde là les notions d’économie d’échelle et de compétitivité. Or, ce n’est pas parce que l’on est dans un petit territoire qu’il faut voir petit. Et pour approcher ces notions d’économie d’échelle, il faut viser au moins la moitié du marché de 33 000 tonnes. Au-delà, ce ne serait pas réaliste compte tenu du fait que cela touche des produits que l’on ne pourrait pas cultiver ici. La dynamique dans laquelle on s’est engagée est donc de mettre en place, à La Réunion, une filière de production destinée à alimenter celle de transformation - avec la création d’une usine polyvalente, pour les fruits et les légumes -, permettant d’assurer 15 000 tonnes de production nette. C’est une dynamique proprement endogène de filière qui va toucher à la production, la transformation, la consommation dans les collectivités… Clairement, cela va faire consommer local. Pour avoir des parts de marché au niveau espéré, nous devrons aborder la question par la compétitivité et, en ceci, avoir un impact sur les prix. 

Il arrive souvent que l’on raisonne en fonction des aides et des subventions que l’on peut avoir… La démarche que je propose est un peu différente : on raisonne par la compétitivité, l’économie d’échelle pour que les aides, au final, puissent consolider la démarche, logique au niveau économique.

MI : Qu’en est-il du développement de Mayotte, devenu récemment 101e département français, avec une économie en devenir ?

B. C. : En effet, tout est à construire… Parmi les domaines à explorer, il y a l’aquaculture. Aujourd’hui, Mayotte produit 150 tonnes, alors qu’elle est entourée de 1 500 km2 de lagon. N’y a-t-il pas quelque chose à faire ? C’est là où le commissaire que je suis peut, peut-être, servir… On a certainement consacré trop peu d’efforts en France à notre potentiel tropical. Envisager dans les objectifs du CIOMun un objectif de 1 000 tonnes à l’horizon 2015, soutenu par un investissement public de près de 10 millions d’euros dans un centre de recherche, n’est absolument pas réaliste au plan économique. Il n’y a aucune chance d’avoir une économie sectorielle durable. Il faut avoir une ambition à la hauteur des enjeux capables d’attirer les investisseurs. Nous allons démarrer l’ étude d’un ambitieux schéma de développement de l’aquaculture à Mayotte, avec pour premier objectif de viser 10 000 tonnes de production, toutes espèces confondues, c’est-à-dire pas uniquement sur l’espèce actuellement élevée. Pour cela, nous allons dresser un plan, une vraie politique de filière capable d’attirer des investisseurs sérieux. 

MI : Le développement endogène… est-ce la solution pour nos territoires d’outre-mer ?

B. C. : Pour un territoire, le développement économique endogène vient de ses entreprises locales, industries ou petites et très petites entreprises, notamment de l’artisanat. Ce sont elles qui créent la richesse. Sans entreprises, il n’y a pas de solution durable. Il est important d’avoir cette conscience. 

Propos recueillis par Charlotte Antoine

Trois commissaires 

La fonction de commissaire au développement endogène, directement placé sous l’autorité de la ministre chargée de l’Outre-mer, Marie-Luce Penchard, a été créée par le Conseil interministériel de l’outre-mer pour une durée de trois ans. Il s’agit de personnalités issues du monde de l’entreprise privée, ayant effectué l’essentiel de leur carrière à l’international : Bertrand Coûteaux a ainsi été nommé commissaire pour la Réunion et Mayotte, Christian Claudon, commissaire pour la Guyane, et Jean-Rémy Cauquil, commissaire pour les Antilles.

Les commissaires font le lien entre les pouvoirs publics, locaux et nationaux, et le monde de l’entreprise, en veillant particulièrement aux TPE/PME. Ils apporteront une aide concrète aux entreprises et aux filières dans leur démarche de développement à l’export. Les commissaires étudient également les conditions du développement endogène par territoire. À cette fin, un fonds d’étude doté de 2 millions d’euros a été décidé dans le budget 2011.

« Le développement économique de ces territoires ne réside pas dans un lien unique avec la métropole, mais bien dans leur capacité à valoriser leurs économies pour conquérir de nouveaux marchés dans leur environnement régional », a souligné Marie-Luce Penchard lors de la présentation des trois commissaires.

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