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Publié le
01 Mai. 2014

Le renouvelable a le vent en poupe

Directeur de Quadran Pacific, Stefan Sontheimer est aussi le président de l’association Synergie qui regroupe une vingtaine d’entreprises spécialisées dans les énergies renouvelables.
Directeur de Quadran Pacific, Stefan Sontheimer est aussi le président de l’association Synergie qui regroupe une vingtaine d’entreprises spécialisées dans les énergies renouvelables.

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Dans l’impasse il y a encore quatre ans, la branche des énergies renouvelables n’aurait sans doute pas survécu sans une prise de conscience des politiques. Stefan Sontheimer, le président de Synergie, expose le bilan et les perspectives d’un secteur qui a retrouvé le sourire.

Si le développement des énergies renouvelables est aujourd’hui une évidence, le secteur n’a pas toujours connu un ciel aussi ensoleillé. Retour en 2009. Deux projets majeurs prennent forme : la ferme photovoltaïque Helios Bay, à Tontouta, et les éoliennes de Touongo au Mont-Dore. Mais les responsables du secteur craignent bien que ces réalisations ne soient les dernières. « À cette époque, on s’est retrouvé face à une double problématique, se souvient Stefan Sontheimer, le président de l’association Synergie qui réunit la majorité des entreprises du secteur. Sur les équipements existants, chaque kilowatt-heure produit faisait perdre de l’argent au producteur en raison de tarifs de rachat trop bas. Et nous n’avions plus aucune perspective de développement. Le risque était de perdre le savoir-faire. » Alors que les entreprises sont sur le point de mettre la clé sous la porte, le gouvernement - par l’intermédiaire de la Dimenc (Direction de l’industrie, des mines et de l’énergie de Nouvelle-Calédonie) -  « fait le choix de donner une réponse à ces deux problématiques pour maintenir ces outils », souligne Stefan Sontheimer.

Des tarifs de rachat réévalués

Premier levier : les tarifs de rachat aux producteurs d’électricité sont revus à la hausse pour les installations existantes. À partir de mars 2013, le prix du kilowatt-heure (kWh) passe de 13 à 18 francs pour l’éolien, et de 18 à 24 francs pour le photovoltaïque. « Grâce à cela, le producteur n’a plus de pertes structurelles systématiques, comme c’était le cas avant, précise le président de l’association. Il peut maintenir en fonctionnement les installations existantes. »

Une meilleur visibilité

Autre souffle apporté à la filière : la Nouvelle-Calédonie lance en 2012 un appel à projets pour l’éolien et le photovoltaïque, qui permet d’impulser plusieurs projets. Cette démarche inédite implique notamment de fixer des tarifs de rachat pour tous les nouveaux projets. Des tarifs validés le 25 février dernier par le gouvernement. Contrairement aux installations existantes, ces prix ne sont pas fixes, mais ils diffèrent en fonction des projets. À titre d’exemple, l’électricité produite par la future ferme éolienne de Yaté sera rachetée 23,50 francs le kilowatt, contre 24,90 francs pour le projet photovoltaïque du Port autonome, et 27,50 francs pour celui de Pouembout. « Cela aurait été bien d’avoir un tarif par filière et non par projet, admet Stefan Sontheimer. Cela étant, quand on regarde en arrière, on en était à licencier à tour de bras parce que le secteur se mourait. Là, concrètement, on a retrouvé une dynamique, et c’est une bonne chose pour la Calédonie. » Ces nouveaux tarifs de rachat s’appliqueront sur une période de quinze ans pour l’éolien et de vingt ans pour le photovoltaïque.

Les projets en cours

Dans la filière photovoltaïque, quatre projets de ferme sont en cours : l’un à Pouembout, d’une puissance de 2 mégawatts, deux à Nouméa (l’un sur le toit du Port autonome, l’autre à l’ancien dépotoir de Ducos) d’1 mégawatt chacun, et enfin un projet à Lifou de 0,25 mégawatt. Côté éolien, un projet de ferme à Unia (Yaté) est sur les rails. La vingtaine d’éoliennes dressées face à la mer devraient produire en électricité l’équivalent de ce que consomme une commune comme le Mont-Dore. Enfin, un projet de très grande envergure, porté par Enercal, est actuellement à l’étude. Il s’agit du barrage de la Ouinné, sur la Côte Oubliée. Estimé à 24 milliards de francs, cet ouvrage pourrait fournir 120 à 130 gigawatts-heure à l’année, soit près de la moitié de l’électricité produite par le barrage de Yaté.

Un intérêt écologique, stratégique et économique

Vent, soleil, eau…  « La Calédonie dispose d’un vrai potentiel de ressources disponibles », estime le président de Synergie. Au-delà de l’intérêt écologique, l’exploitation de ces énergies dites « propres » offre un intérêt stratégique - celui d’être moins dépendant des énergies fossiles (fuel, charbon…) en provenance de l’étranger -, doublé d’un intérêt économique. « Avec le renouvelable, on a un niveau de production dont on sait ce qu’il sera dans 20 ans, contrairement aux énergies fossiles. Il a vraiment un rôle de stabilisateur », expose Stefan Sontheimer. La ressource hydraulique, très importante en Calédonie « est la première à exploiter, estime le président de Synergie. Car contrairement à l’énergie de flux (photovoltaïque, éolien, NDLR), l’hydraulique est une énergie dont la puissance est presque garantie. C’est un outil d’une grande valeur ». Le gouvernement vient d’ailleurs d’adopter une délibération pour assouplir la loi sur l’hydroélectricité et faciliter l’implantation de petits barrages de moins de 4 mégawatts.

D’autres technologies à l’étude

Parmi les autres pistes d’énergies nouvelles, le recours au biogaz est en bonne voie. Un projet est en cours pour récupérer l’énergie produite par les déchets de Gadji. « Il y a aussi un potentiel pour la biomasse », indique Stefan Sontheimer. Cette filière consiste à fabriquer de l’énergie à partir de déchets organiques.

Un livre blanc

Si le renouvelable n’est pas la priorité des politiques en cette année électorale, les entreprises du secteur veulent faire en sorte que la question de l’énergie ne soit pas oubliée pour autant. Synergie travaille actuellement à la rédaction d’un livre blanc sur le sujet. « Nous reprenons des objectifs très réalistes en apportant des solutions très concrètes », annonce le président de l’association. L’un des principaux défis sera de doubler la production d’énergies renouvelables d’ici à 2030.

Coralie Cochin

Synergie : pour parler d’une seule voix

Née en 2009, en pleine période de crise, l’association Synergie regroupe les principales entreprises de Nouvelle-Calédonie spécialisées dans le renouvelable et la maîtrise de l’énergie. Depuis 2011, elle est labellisée « Grappe d’entreprises » par la Datar (Délégation interministérielle à l’aménagement du territoire et à l’attractivité régionale).

Le chiffre 18

Actuellement, le renouvelable représente 18 % de l’énergie produite en Calédonie. Ce pourcentage risque de baisser lorsque la centrale à charbon de l’usine du Nord tournera à plein régime. Toutefois, l’objectif est bien de doubler le renouvelable existant dans les quinze prochaines années.

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Rédaction Made In

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L'équipe de rédaction Made In est composée d'intervenants ponctuels mais aussi de journalistes présents depuis plusieurs années. Ces derniers ont d'ailleurs leur propres signatures sur les articles qu'ils rédigent.

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