Depuis 2003, le magazine de l'information économique calédonienne
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Publié le
24 Avr. 2013

Nous sommes passés d’une stratégie d’entrepreneurs à une stratégie d’actionnaires

Nous sommes passés d’une stratégie d’entrepreneurs à une stratégie d’actionnaires

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Économie - Social
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rofesseur émérite de gestion au groupe HEC où il enseigne la stratégie financière, Christian Cauvin vient de publier Le capitalisme ne joue pas aux dès. Il revient pour Made In sur les raisons de la crise qui secoue l’économie mondiale.

Made In : Quelle est l’origine de la crise ?
Christian Cauvin : La crise est finalement assez simple à décrypter. Elle naît dans les années 80, lors du basculement d’une économie dynamique à une logique financière, au moment de la mondialisation. À la fin de la Deuxième Guerre mondiale, l’économie des Trente Glorieuses correspondait à une croissance, à une création de richesse, à une répartition équilibrée et à un dynamisme politique des démocraties puissantes et économiques. Dans les années 70, les entreprises sont dynamiques, elles investissent et ont des projets. Elles ont des emprunts qui leur permettent de se financer, avec des banquiers qui font leur métier, qui prêtent de l’argent et jouent l’intermédiation bancaire. Et des rémunérations qui sont à la hauteur de l’investissement. Globalement, l’économie trouve son équilibre.

Vous parliez des années 80. Que se passe-t-il alors ?
Ch. C. : La dynamique financière lâche… La finance, qui était un outil de la gestion et de l’économie plutôt bien maîtrisé, se met à tourner pour elle-même et à entrer dans des logiques spéculatives. Les marchés financiers se développent, prennent une puissance absolue. L’actionnaire financier devient la seule référence, et non l’actionnaire entrepreneur. Progressivement, le tissu économique, et notamment industriel se détruit. Aujourd’hui, il faut savoir qu’en France métropolitaine, l’industrie représente moins de 12 % du PIB, contre 24 % en Allemagne…

Pourquoi cet équilibre se rompt-il ?
Ch. C. : Parce que les pays se lancent dans des systèmes où il faut tout déréguler, tout déréglementer. Il faut supprimer toutes les règles qui fonctionnaient sur les marchés, mais aussi pour les banques. Ces règles avaient notamment pour mérite d’éviter les errements. Ce qui compte désormais, c’est la logique financière… Les marchés imposent. Mais cette puissance financière assujettit tout le reste. Sous sa pression, on demande des rentabilités phénoménales, inconnues jusque-là. On se met à développer les dividendes dans des proportions étonnantes. Et peu à peu, on passe d’une stratégie entrepreneuriale des années 70 à une stratégie actionnariale. Il faut désormais rémunérer l’actionnaire, volatile, incertain, loin de la société, et qui n’est pas l’entrepreneur.

Quelle est la conséquence pour l’économie ?
Ch. C. : La première est la baisse des coûts à tout prix. Sachant que les plus importants dans l’entreprise sont les coûts salariaux, il va y avoir des délocalisations, des externalisations, pour obtenir une réduction des coûts… Et progressivement, c’est toute l’industrie, donc l’économie réelle qui est en déshérence, complètement assujettie à des logiques financières.

Selon vous, quelles pourraient être la ou les solutions ?
Ch. C. : Il faut repenser l’actionnariat. Il faut penser en termes de partie prenante, et pas seulement en logique actionnariale ; et par conséquent, associer les personnels, les instances, les clients, les fournisseurs, les gouvernements, etc. par rapport à l’entreprise réelle. Autre mesure minimale : séparer les banques de dépôt des banques purement spéculatives. Il faut en outre repenser la fiscalité et mener une réflexion sur la monnaie. L’Europe a mis en place l’euro, qui apparaît comme négatif pour des pays comme la France. L’euro n’est pas la monnaie d’un État. Il n’y a pas d’État européen, il n’y a pas de gouvernement européen. On a mis la charrue avant les bœufs, avant d’avoir une structure sociale, fiscale, des règles communes pour pouvoir être ensemble. Avoir une monnaie, c’est un signe régalien, de souveraineté.
Enfin, il y a un autre chantier majeur face à la crise, celui de la dette. Elle a été générée par des politiques inappropriées. En France, au moment de l’arrivée de François Mitterrand, elle représentait 20 % du PIB. Aujourd’hui, elle en représente 90 %. Il faut voir comment elle est générée, à quoi elle correspond et comment elle pourrait être modifiée.

La Calédonie semble pour l’instant épargnée par la crise…
Ch. C : Effectivement, pour l’instant, la Calédonie a réussi à être à l’écart ; mais attention à ne pas se bercer d’illusions. La mondialisation touche tout le monde. Si j’avais un conseil à donner aux industriels, ce serait de ne pas rester uniquement sur la Calédonie et d’être plus offensifs pour rayonner, au moins sur la zone Asie-Pacifique. Il ne faut pas avoir peur de conquérir des marchés…

Propos recueillis par Charlotte Antoine

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L'équipe de rédaction Made In est composée d'intervenants ponctuels mais aussi de journalistes présents depuis plusieurs années. Ces derniers ont d'ailleurs leur propres signatures sur les articles qu'ils rédigent.

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