Depuis 2003, le magazine de l'information économique calédonienne
Depuis 2003, le magazine de l'information économique calédonienne
Publié le
17 Aoû. 2010

« Le Conseil du dialogue social : la fin du bras de fer ? »

Romain Babey (à gauche) et Christophe Coulson ont accepté de se prêter au jeu de l’interview croisée et font le point sur les travaux en cours au CDS
Romain Babey (à gauche) et Christophe Coulson ont accepté de se prêter au jeu de l’interview croisée et font le point sur les travaux en cours au CDS

Paru dans :

Dans la rubrique
Économie - Social
Nombre de vues
2163

Le chantier est vaste et les partenaires sociaux l'ont bien compris. C'est pourquoi ils n'ont pas attendu l'officialisation du Conseil du dialogue social (CDS) pour se mettre autour de la table et entamer les discussions. Romain Babey, vice-président de la FINC et membre de la CGPME, et Christophe Coulson, président de l'UTCFE-CGC (Union territoriale de la Confédération française de l'encadrement - Confédération générale des cadres), dressent un premier bilan de cette nouvelle instance. Interview croisée.

À la création du CDS, quelle était la motivation de vos organisations syndicales ?
Christophe Coulson : Les travaux pour améliorer le dialogue social en Calédonie ont démarré en 2006. Depuis le début, nous parlions de la création d'une instance réservée aux partenaires sociaux, une instance neutre. Nous avions besoin d'un endroit où se rencontrer, pour débattre entre nous des grands sujets, sans interférence, et trouver des consensus sur les sujets afin de pouvoir les transmettre à l'exécutif.
Romain Babey : L'une des raisons de la mise en place des premières sessions du Dialogue social - une idée de Pierre Garcia - était le nombre important de conflits que connaissait le territoire. Les premiers travaux ont d'ailleurs tourné autour des causes de ces conflits. Il est apparu dès le départ qu'il manquait un lieu de dialogue et de débat. Jusque-là, les gens ne se rencontraient qu'au moment des conflits, souvent à la Direction du travail. C'était souvent trop tard pour désamorcer les difficultés.

Vous avez commencé à travailler avant même que cette instance soit officialisée...
R. B. et C. C. : Nous souhaitions que ce Conseil du dialogue social soit institutionnalisé, au même titre que le Conseil économique et social. Mais cela nécessitait une modification de la Loi organique, ce qui n'arrive que très rarement. Nous avons donc proposé à nos interlocuteurs politiques d'institutionnaliser cette structure paritaire au travers d'une loi de pays. Un niveau certes inférieur, mais largement satisfaisant pour que cela ne puisse être remis en cause.
R. B. : Le corollaire, puisque l'on doit passer par une loi de pays pour officialiser cette instance, c'est donc le délai. Et pour autant, les sujets « chauds » ne manquant pas, il était nécessaire de commencer à discuter sans attendre.
C. C. : Heureusement que nous n'avons pas attendu, puisque cela nous a permis de travailler sur le texte relatif à l'emploi local. Il a été présenté au Congrès fin 2009. Le FLNKS a demandé une deuxième lecture, ce qui vient d'être fait. Les politiques siégeant au sein de la commission du Congrès ont trouvé un consensus sur ledit texte ; ce dernier sera donc prochainement présenté en séance plénière afin d'y être voté.

L'un des autres chantiers émanant du CDS est l'accord sur la revalorisation des salaires...
R. B. : C'est dans le cadre du CDS qu'ont eu lieu les discussions. Elles ont parfois été difficiles, mais elles ont permis de mettre en perspective, sur trois ans, une revalorisation des minima conventionnels compris entre 1 et 1,5 SMG. C'est un accord qui forme un tout, car il doit nous permettre - nous, employeurs - de négocier, un accord plus global sur l'amélioration de la productivité et la compétitivité des entreprises, afin d'absorber ces hausses de salaire en minimisant les impacts sur les prix.
C. C. : Les négociations ont eu du mal à démarrer. Ce n'est qu'après la signature de l'accord-cadre au mois de février dernier, que le calendrier des négociations a pu être établi. À ce jour, sur 17 branches concernées, 15 ont signé. Ce que je trouve déplorable aujourd'hui, c'est la volonté du Medef d'attaquer cet accord-cadre. S'il venait à le gagner, cela remettrait en cause toutes ces négociations. Ce serait dramatique. Les syndicats de salariés signataires de cet accord ont d'ores et déjà annoncé qu'ils se mettraient en grève générale. Chacun prendra ses responsabilités.
R. B. : Nous, justement, nous avons su prendre nos responsabilités. Nous avons estimé que, pour l'économie calédonienne, il valait mieux privilégier des négociations et redonner du pouvoir d'achat à ceux qui en ont besoin. D'autant que nos salariés sont nos consommateurs. À l'inverse, qu'en aurait-il été si on avait été dans une stratégie jusqu'au-boutiste de bras de fer ? En tout cas, nous ne souhaitions pas prendre la responsabilité, en tant qu'instance patronale, d'arriver à une situation similaire à celle de la Martinique.
C. C. : Il faut quand même dire que la plupart des employeurs ont joué le jeu. Il y a eu des augmentations non négligeables, de l'ordre de 2 % en moyenne sur les salaires au-dessus de 1,5 SMG (soit 150 000 francs).
R. B. : Nous avons fait le pari de l'intelligence. Grâce aux sessions du dialogue social, un rapport de confiance s'est instauré depuis deux ans, qui nous a permis d'imaginer ensemble les solutions pour améliorer la compétitivité et la productivité des entreprises.

Sur ce point, tout reste à faire...
C. C. : Un groupe de travail a été mis en place. Nous savions dès le départ que l'amélioration de la compétitivité n'est pas uniquement un problème d'absentéisme...
R. B. : ... Oui, pas uniquement ; mais c'est quand même la problématique numéro 1  dans toutes les entreprises de Calédonie, lorsque vous posez la question à un patron quant à ce qu'il serait souhaitable d'améliorer rapidement pour que son entreprise fonctionne mieux.
C. C. : La compétitivité passe aussi par la formation des salariés, par la motivation dans l'entreprise, le niveau d'investissement de la société, etc. Il faut que les salariés soient responsables, tout comme les organisations syndicales, qui ne doivent pas couvrir les abus que l'on peut voir par moment.
R. B. : C'est un chantier très large, difficile à mener et sur lequel nous avons peu de compétences propres. C'est d'ailleurs pour cette raison que nous avons voulu nous appuyer sur deux cabinets extérieurs, Syndex et Altédia. Cela étant, il est essentiel, pour les employeurs comme pour les employés, que nous réussissions cette négociation dans les délais prévus, que nous trouvions des mesures concrètes allant dans le sens de l'amélioration de la productivité et de la compétitivité. Sans cela, la prochaine négociation salariale, à la fin de cette année, risque d'être très difficile.

Les syndicats de salariés réclament aujourd'hui une représentativité syndicale des employeurs. Pourquoi ? et qu'en est-il ?
C. C. : Cette représentativité nous a été imposée à nous, organisations syndicales de salariés, en 2004. À l'époque, le MEDEF avait participé à l'élaboration du texte. J'ai donc demandé à participer à la mise en place du texte sur la représentativité des employeurs, et d'autres organisations ont souhaité s'y associer. En février 2009, un arrêté du Gouvernement a défini la représentativité syndicale. Mais au sein du CDS, nous avons estimé qu'il fallait revoir ce qui avait été fait, certaines organisations syndicales d'employeurs n'étant pas assez reconnues au titre de la loi, alors qu'elles le sont en réalité. Aujourd'hui, nous savons tous qu'un texte est prêt à être voté, préparé par le Gouvernement, mais nous n'en connaissons pas la teneur. Or, nous souhaitons qu'au sein du CDS, chaque organisation patronale soit reconnue à son juste poids. Aujourd'hui, cette représentativité des employeurs est un prérequis à l'officialisation du CDS, notamment à cause du vote proportionnel à leur poids.
R. B. : Et la difficulté est de trouver le critère permettant de définir le poids de chaque organisation patronale.

La création du CDS marque-t-elle la fin de la politique de la bâche bleue ?
C. C. : Non. Il est bien clair que la mise en place du CDS ne remet pas en cause le droit de grève.
R. B. : Mais quand même ! Il est désormais plus communément admis que le blocage total de l'entreprise est la solution ultime, quand les différentes voies du dialogue ont été épuisées.

Il est, en tout cas, un outil de la paix sociale...
R. B. : Aujourd'hui, le CDS n'existe pas encore sur le papier. Il a toutes les imperfections de sa jeunesse, ce qui fait que beaucoup encore nous critiquent ou n'y croient pas, mais il porte en même temps de nombreux espoirs de la part des organisations syndicales d'employeurs et de salariés. Pour moi, nous sommes condamnés à réussir, et notamment pour prouver à nos hommes politiques la maturité du dialogue social et des partenaires sociaux.

Interview : Charlotte Antoine

Auteur

Rédaction Made In

Rédaction Made In

L'équipe de rédaction Made In est composée d'intervenants ponctuels mais aussi de journalistes présents depuis plusieurs années. Ces derniers ont d'ailleurs leur propres signatures sur les articles qu'ils rédigent.

Paru dans :

Dans la rubrique
Économie - Social
Nombre de vues
2163

 Pour suivre l'actualité, abonnez-vous à notre lettre d'information.

MADE IN

Journal économique de Nouvelle-Calédonie

Bureaux

Immeuble Oceanic
1er étage
3, rue Henri Simonin
Ducos

Courrier

MADE IN
BP 27035
Nouméa Cedex
Nouvelle-Calédonie

Contacts

Tél. : (687) 281 291
 Rédaction
 Publicité

FINC Le magazine Made In est une publication de la Fédération des Industries de Nouvelle-Caledonie -  Voir le site
 Copyright @ FINC - 2007-2018 | Conception et réalisation :  PAO Production