Depuis 2003, le magazine de l'information économique calédonienne
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Publié le
23 Juil. 2011

Le prix de l'électricité sous haute tension

Le prix de l'électricité sous haute tension
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Économie - Social
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C'est un sujet qui fait souvent grincer des dents les entreprises locales. Les tarifs de l'électricité pèsent lourd dans leurs charges. Or, dans un contexte calédonien de forte dépendance énergétique, il existe peu de marge de manœuvre, si ce n’est de mieux gérer sa consommation, de s'équiper en matériels moins énergivores et de faire la chasse au gaspillage.

« Au niveau de nos frais généraux, les coûts de l'électricité représentent un poste élevé, aussi important que le loyer, remarque Patrick Koch, gérant d'Artypo. En moyenne, notre facture d'électricité atteint 20 millions de francs par an, alors que nous nous équipons de machines de plus en plus performantes, qui consomment moins. » Cette problématique interpelle bon nombre d'entreprises qui doivent répercuter ces charges dans leurs prix finaux. « Mais il faut comprendre que les tarifs ne sont pas bâtis sans réflexion, explique Jean Bégaud, directeur général d'Enercal. L'électricité n'étant pas stockable, il faut pouvoir être en mesure de la fournir à chaque instant en fonction de la demande. Ceci impliquant d'avoir une qualité et une permanence de l'alimentation qui ont un coût, car elles demandent des investissements au niveau des équipements : centrales de production et réseau de distribution. Les coûts de production de l'électricité se forment également en fonction des usages, reprend-il. Un usager qui consomme 100 KW, 5 heures par semaine, soit un temps très court, va payer plus cher qu'un usager qui a besoin de cette même puissance de 6 h à 18 h du lundi au vendredi, et plus encore que celui qui en a besoin H 24. Pour ce dernier, le prix du KW va chuter considérablement, dans la mesure où le coût de production va être moindre pour l'opérateur. »

Des tarifs réglementés

La durée d'utilisation, ou la gestion de la puissance appelée, est donc un élément fondamental dans la formation du tarif. Un tarif qui comprend, d'une part, la puissance souscrite - la prime fixe -  résultant des coûts d'investissements nécessaires à la production de l'électricité et à la mise à disposition du réseau et, d'autre part, un prix proportionnel à l'énergie consommée (liée aux coûts du combustible, d'opérations de maintenance des équipements, du personnel...). C'est en particulier sur la puissance souscrite que les industriels souhaitent amener le débat afin qu'elle soit le reflet réel de leur consommation (lire ci-contre).

Mais, dans un contexte de forte dépendance énergétique en matière de ressources fossiles, la marge de manœuvre est extrêmement faible, la Nouvelle-Calédonie étant sensible aux fluctuations du marché des combustibles. Depuis 2001, le gouvernement - autorité qui réglemente les tarifs publics de l'électricité sur le territoire - a augmenté les prix de l'électricité en 2006 de 5,29 %, et en 2008 de 3 % ; mais le tarif du fuel a continué, lui, de grimper de 25 % à 30 %. Une augmentation qui impacte directement le prix de production de l'électricité, et a fortiori d'Enercal dont les voyants sont dans le rouge. « Le problème du prix du combustible va se reposer inévitablement. L'année dernière, son prix était de 40 800 francs la tonne, souligne Jean Bégaud, l'année prochaine ce sera 56 400 francs la tonne. » Le projet de réforme tarifaire de l'électricité, depuis longtemps dans les cartons, devrait donc être à nouveau ausculté par le gouvernement. L'objectif de la réforme est de mettre en place un nouveau système qui permet, selon Bastian Morvan, chef du service de l'Énergie à la Dimenc, « de définir un prix de l'électricité en lien avec les prix des matières premières. L'idée étant de créer également une synergie entre le tarif de l'énergie et les décisions des élus en matière de développement des énergies dans le cadre du Schéma de l'énergie et du climat. » 

Un abattement de 5,5 %

Il ne faudra donc pas s'attendre à des miracles. La baisse du coût de production de l'électricité n'est pas pour demain. Dans ces conditions, par quels moyens un entrepreneur peut-il, lui, espérer diminuer sa facture ? « Je tiens à préciser, poursuit Bastian Morvan, que les établissements industriels de production et de transformation bénéficient depuis 1996 d'un abattement de 5,5 % sur leurs tarifs, les établissements hôteliers de 33,8 %. Une délibération qui a été votée en 1996 pour soutenir certaines activités économiques. Aujourd'hui, on constate qu'il y a beaucoup d'émoi autour du prix de l'énergie et de l'électricité, on se focalise surtout sur les tarifs, mais le consommateur a un rôle à jouer pour faire baisser le montant de sa facture. Il y a tout un travail de communication à faire pour que les usagers comprennent qu'il existe des possibilités de maîtriser et de réduire leur consommation. » Ces possibilités sont multiples. Elles passent par l'optimisation des outils de production, l'achat de matériels plus performants, par un changement des habitudes. C'est en améliorant également les contrats de consommation, pour qu'ils puissent être en adéquation avec la puissance demandée, que les entreprises peuvent espérer peser sur leur facture énergétique. Un vrai challenge qu'elles doivent entreprendre dès aujourd'hui pour éviter d'être encore plus impactées demain.

Frédérique de Jode 

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La prime fixe en question 

Les entreprises n'ont pas la possibilité de faire évoluer la prime fixe comme elles le voudraient. Dans la plupart des cas, à partir du moment où elles souscrivent une puissance lambda, elle s'applique pendant cinq ans, sans possibilité de revenir à une puissance moins élevée. « Et, lorsque l'on dépasse la puissance souscrite, les pénalités sont importantes, rappelle Patrick Koch. Elles peuvent être de l'ordre de 500 000 à 600 000 francs sur l'année. » Une problématique qu'il conviendrait de corriger. « Ce sujet devrait faire l'objet d'une discussion avec Enercal et EEC, souligne Bastian Morvan. Les entreprises nous disent souvent qu'on leur demande de maîtriser leur consommation, mais elles n'ont pas la possibilité de baisser leur puissance. C'est en partie exact, mais en même temps, il existe d'autres solutions pour mieux gérer la consommation. Il faut donc creuser pour trouver des méthodes pour solutionner ce point, tout en s'attachant à ce qu’Enercal et EEC puissent rémunérer leurs coûts d'investissement. »

Prédiagnostic

Onze entreprises ont participé au prédiagnostic de la DIMENC : Bluescope Acier, Batical, SPB, Vega, ESQ, Boniface Acma, UCPM, Savonnerie d’Ouvéa, Tieti Tara, Sofinor, Kanua Tera.

Gérard Boniface, 
gérant de Boniface Acma

« J’ai participé à cette opération d’audit énergétique, car j’avais envie d’avoir des informations sur les pistes à suivre pour diminuer ma consommation énergétique. Il y a en effet très peu de communication sur ce thème ciblant les entrepreneurs. J’ai ainsi commencé à réaliser des aménagements qui vont me permettre de baisser le montant de ma facture. Dans la mesure où je dois rénover la façade, l’architecte m’a proposé de mettre en place un système pour créer de l’ombre et permettre de diminuer la température du bâtiment. Dans le même esprit, j’ai prévu d’isoler la toiture. Par ailleurs, les climatiseurs ont été nettoyés afin d’augmenter leur performance, tout en étant moins énergivores. Pour l’éclairage, je réfléchis sur un système de détecteurs qui mettra en route les lumières automatiquement. Enfin, l’entreprise a été équipée de programmateurs pour couper la nuit certains appareils, comme la machine à café et la fontaine d’eau. » 

Les audits énergétiques : un outil à la disposition des entreprises

Dans le cadre du CTME, le Comité territorial pour la maitrise de l’énergie, le gouvernement et l’ADEME financent des audits énergétiques. Leur objectif est d’identifier les postes gros consommateurs d’électricité et de mettre en œuvre des actions de maîtrise de la consommation d’énergie. Les entreprises bénéficient en complément de prêts à taux bonifié pour tout investissement qui s’inscrit dans le cadre du développement durable grâce à l’association GRAINE. « Nous nous sommes aperçus que ces audits ne rencontraient pas beaucoup de succès, remarque Yaëlle Marchangeli, ingénieur, chef de la section Demande et maîtrise de l’énergie à la DIMENC ; c’est pourquoi nous avons souhaité sensibiliser les entreprises. Nous avons démarché la FINC, et onze sociétés, toutes volontaires, ont participé cette année à une opération de prédiagnostic prise en charge financièrement à 70 %. » Après analyse des données et visite des entreprises, les résultats de l’étude ont mis en avant la possibilité de faire en moyenne 20 % d’économie d’énergie en mettant en place des pistes d’amélioration sur tous les postes de consommation. « Il s’est révélé, poursuit Yaëlle Marchangeli, que le poste équipements et machines est le plus important, viennent ensuite les climatiseurs, l’éclairage et le poste informatique. » De possibles économies sont rapidement réalisables en remplaçant le matériel (des climatiseurs plus performants, des ampoules basse tension), ou en ayant un comportement plus responsable. L’opération, qui a été bien perçue par les entreprises, devrait être reconduite prochainement, sous la forme d’un audit, afin de cibler en particulier les entreprises agroalimentaires.

 

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