Depuis 2003, le magazine de l'information économique calédonienne
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Publié le
23 Juil. 2011

Crise japonaise : plus de peur que de mal ?

Crise japonaise :  plus de peur que de mal ?
Crédit photo : iStockPhoto

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Le 11 mars dernier, le Japon subissait l’un des plus grands séismes de son histoire. Quatre mois plus tard, la facture est tombée : le tsunami a coûté 147 milliards d’euros de dommages directs. Mais, pour la plupart des secteurs qui nous concernent, la crise serait évitée. Un chiffre qui ne tient pourtant pas encore totalement compte des perturbations économiques et de ses répercussions mondiales.

Les estimations commencent à se faire jour, et, même si le pays nippon est entré en récession, la production industrielle japonaise a accéléré en mai, à un rythme sans précédent depuis plus de 60 ans à la faveur de la reprise des chaînes de production endommagées. Les analystes prévoyaient une hausse de 5,5 %, elle a été de 5,7 % en mai dernier. Qu’en est-il en Nouvelle-Calédonie ? Quels sont les secteurs encore en souffrance ou finalement moins impactés que ce que l’on redoutait ? Cinq d’entre eux ont été placés sous surveillance : l’électronique, l’automobile, le nickel, le tourisme et l’agriculture.

L’électronique au ralenti

L’an passé, 2,2 milliards de francs de machines et d’appareils électroniques japonais ont été commandés pour la Nouvelle-Calédonie, selon l’Institut d’émission d’outre-mer (IEOM). Quatre mois après le tsunami, le secteur électronique est pour l’instant le plus en souffrance, même si la plupart des commerçants du territoire travaillent sur des stocks en provenance d’Europe. Or, le Japon représente 13,9 % de la production mondiale sur ce secteur et reste la troisième région du monde en matière de production de semi-conducteurs, derrière l’Asie-Pacifique et l’Amérique du Nord.

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Le tourisme toujours en souffrance

Même si le Japon ne représente pas une destination phare pour les Calédoniens, le secteur a subi un véritable coup d’arrêt après le tsunami du 11 mars et la catastrophe nucléaire. Chez Aircalin, on estime que 1 500 Calédoniens visitaient le pays du Soleil Levant chaque année, essentiellement entre avril et mai, la plus belle période dans le pays. Le risque nucléaire a poussé la moitié d’entre eux à annuler leur voyage, et seule une centaine de touristes calédoniens auraient pris le départ. Pour les lignes aériennes, dans un premier temps, le Nouméa - Tokyo a été largement boudé, mais la situation revient à la normale. En sens inverse, les chiffres restent stables par rapport à la même période en 2010. L’IEOM indique de son côté que la bonne tenue des chiffres du premier trimestre 2011 devrait toutefois être largement impactée par la catastrophe, et ce, « pour les prochains trimestres ». De l’aveu d’un tour opérateur de la place, « il est encore trop tôt pour parler chiffres ». Affaire à suivre. 

Aujourd’hui, les répercussions sont importantes, mais non chiffrées, sur les livraisons mondiales, car, au lendemain de la catastrophe, plusieurs usines de Sony, Toshiba et Futjisu Electronics situées dans les zones touchées par le tsunami étaient à l’arrêt ou au ralenti. Conséquence : la production de puces et de diverses pièces pour l’électronique affiche un recul de 0,6 %.  

Pas de panique

Des difficultés qui pourraient concerner le secteur automobile, mais dans une moindre mesure. Sur place, la production reste perturbée, notamment pour les constructeurs Toyota, Honda et Mazda. Nissan tire en revanche son épingle du jeu, et dépasse désormais Toyota. C’est la pénurie de pièces détachées qui est aujourd’hui en cause. Toyota a reculé de 49 % par rapport à mai 2010. Mazda de 15 %. Tandis que Nissan a accru sa production de 19 %, en partie grâce à une accélération de ses cadences à l’étranger. Mais la production repart déjà. Le 30 juin dernier, le constructeur automobile Mazda lançait à Tokyo son premier modèle de voiture doté du nouveau moteur thermique à économie de carburant, affirmant avoir déjà reçu 6 500 commandes à travers le monde. La Demio incarne aujourd’hui la renaissance économique du Japon. De son côté, Toyota a estimé fin mai que sa production atteindrait 90 % de son niveau d’avant le séisme en juin, et qu’elle approcherait les 100 % dès juillet, pour revenir à la normale en novembre. Sur le territoire, les revendeurs restent prudents et s’attardent surtout sur les derniers chiffres de l’IEOM en matière de vente automobile : « Moins de 1 700 voitures particulières ont été immatriculées au cours du 1er trimestre, soit le plus bas niveau enregistré depuis le 3e trimestre 2009 », explique l’institut dans sa dernière note conjoncturelle. 

L’agriculture et le nickel tiennent bon

Dans les relations économiques que la Nouvelle-Calédonie entretient avec le Japon, il est aussi question d’agriculture, notamment pour la crevette et le squash. Ainsi, la Sopac exporte chaque année 900 tonnes de crevettes vers le Japon.  Au final, « l’impact sur nos ventes n’aura été que de 10 %, explique Hélène Artufel, secrétaire générale de la Sopac. Il est vrai que nous sommes sur un produit haut de gamme sur lequel les Japonais se sont finalement rabattus. La plus forte baisse (15 %) a été observée en mars, juste après la catastrophe, mais le marché s’est rapidement stabilisé pour nous ». Même constat pour les exportations de squash. Pour Sandro Cargnelli, directeur de France Calédonie Tropic Export (FCTE) « la tragédie au Japon s’est jouée en dehors de notre période d’exportation. Si certains se retournent vers les produits de luxe, le marché du squash est plus populaire. C’est un légume bon marché là-bas et la demande est toujours forte. Mais sur le territoire, nous n’en sommes qu’aux plantations, ce qui nous laisse de la marge jusqu’en octobre, date à laquelle la production doit partir ». La Nouvelle-Calédonie exporte chaque année 3 000 tonnes de squashs. Et si les consommateurs du monde entier sont désormais frileux concernant les fruits et légumes japonais, il en est de même sur place. Ce qui garantit a fortiori la dynamique d’exportation pour ce secteur. Concernant le nickel, l’IEOM parle d’un « trou d’air » pour le cours du métal vers la mi-mars. Aujourd’hui, le cours est enfin stabilisé, mais l’IEOM reste prudent et la question reste sensible, car le Japon absorbe 20 % de la production calédonienne. Cela représente entre 600 000 et 800 000 tonnes de minerai par an, mais pour l’instant, les programmes ne sont pas modifiés. Ces derniers pourraient même se consolider, car le pays va inévitablement avoir besoin dans les prochains mois de matériaux de reconstruction, et notamment d’acier inoxydable dont le nickel est l’une des composantes. À vrai dire, c’est certainement le dynamisme des Japonais à limiter l’impact de la crise économique qui permet aujourd’hui à ce pays de redresser la barre. D’ailleurs, le dernier rapport de l’IEOM précise que « la catastrophe qui a touché le Japon ne devrait avoir qu’un impact limité sur la croissance mondiale. » Seuls l’avenir et la volonté nippone le diront. Mais ce pays a déjà prouvé par le passé sa capacité à rebondir… et vite.

Caroline Idoux

Auteur

Rédaction Made In

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L'équipe de rédaction Made In est composée d'intervenants ponctuels mais aussi de journalistes présents depuis plusieurs années. Ces derniers ont d'ailleurs leur propres signatures sur les articles qu'ils rédigent.

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