Depuis 2003, le magazine de l'information économique calédonienne
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Publié le
12 Aoû. 2013

Au cœur de la planète nickel

Ambiance morose à la 5e conférence internationale du nickel à Nouméa avec un marché en berne jusqu'en 2016.
Ambiance morose à la 5e conférence internationale du nickel à Nouméa avec un marché en berne jusqu'en 2016.

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La Nouvelle-Calédonie a accueilli la 5e Conférence internationale du nickel, du 1er au 5 juillet 2013. Une grand-messe où les acteurs du secteur - industriels locaux et étrangers, experts mondiaux - se sont retrouvés pour analyser le marché, évoquer les perspectives et projets en cours. L'occasion aussi, pour les élus calédoniens, de rappeler l'importance du nickel pour le territoire.

Le 5e colloque international du nickel destiné aux professionnels du secteur s'est ouvert au Méridien, dans un contexte plutôt morose. La raison : un marché du nickel en berne. Actuellement, le cours de l'or vert est à son niveau le plus bas depuis quatre ans, aux alentours de 13 600 dollars US la tonne. « Le marché est actuellement au creux de la vague ; 35 % des producteurs de nickel perdent de l'argent », note Jim Lennon, expert chez Macquarie.

Une offre supérieure à la demande

Une situation qui s'explique par des stocks de nickel excédentaires au London Metal Exchange, : 100 000 tonnes en 2012, 70 000 tonnes en 2013. Une offre supérieure à la demande, situation liée en partie  aux nombreux projets industriels qui ont essaimé dans le monde ; et surtout à la stratégie de la Chine. Dans ce marché instable, l'Empire du Milieu fait la pluie et le beau temps. Grande consommatrice de nickel, la Chine est désormais aussi depuis huit ans grande productrice de fonte de nickel (le fameux nickel Pig Iron) à partir du minerai qu'elle importe de l'Indonésie et des Philippines. « La production en Chine est estimée en 2013 à 300 000 tonnes de fonte de nickel, ce qui représente 20 % du marché », indique Jim Lennon. Toutefois, le spécialiste prédit que l'industrie du nickel va encore souffrir pendant deux ans, avant de connaître une amélioration de la situation à partir de 2016, avec, selon lui, des cours à 30 000 dollars US la tonne de nickel, grâce à une hausse de la demande

Tournant

C'est dans le cadre de cette conjoncture mondiale peu réjouissante que les élus calédoniens et les opérateurs industriels et miniers installés sur le territoire se sont succédé à la tribune. En ouverture de la conférence, Gilbert Tyuienon, vice-président du gouvernement, a fait preuve d'optimisme malgré les prévisions : « La Nouvelle-Calédonie reste confiante dans les perspectives de développement à long terme de cette ressource. »
La Nouvelle-Calédonie vit en effet un tournant dans ce domaine stratégique. Se classant parmi les six plus gros producteurs de nickel, rivalisant avec l'Indonésie, le Canada, la Russie, la Chine, elle compte désormais trois usines de traitement du minerai de classe mondiale sur son sol, tandis que la SMSP vient de valider avec son partenaire aciériste sud-coréen, Posco, l'extension de l'usine de Gwangyang. L'année 2013 a surtout été marquée par la première coulée de nickel métal de l'usine du Nord, concrétisant le principe de rééquilibrage souhaité par les Accords de Nouméa.
Peter Hancock, président de Koniambo Nickel, coentreprise détenue à 51 % par la SMSP et 49 % par Glencore-Xstrata, a détaillé la mise en service de cette usine emblématique, parlant « d'un rêve devenu réalité », dont l'objectif est de produire cette année 15 000 tonnes de nickel, avant d'atteindre une capacité nominale de 60 000 tonnes de nickel métal début 2015. « Notre procédé pyrométallurgique a montré ses performances. Nous poursuivons la phase de tests des installations. Notre centrale électrique au charbon sera en fonctionnement en juillet, et notre deuxième ligne de production en novembre », précise le directeur de KNS, qui arbore un même optimisme pour ce qui est de l'objectif de production à atteindre et de la rentabilité du projet.
Volonté identique d'afficher une confiance en l'avenir de la part de Vale NC, qui, après de nombreux incidents techniques, a atteint son objectif de production de 5 000 tonnes d'oxyde de nickel au premier trimestre 2013. Il en est de même pour la SLN qui doit rester compétitive malgré des coûts élevés de production. « La SLN se tourne vers l'avenir avec l'ambition de se régénérer », a souligné Pierre Gugliermina, directeur général de la SLN. Une vision qui passe notamment par la construction d'une centrale électrique au charbon représentant un investissement de 80 milliards de francs, et par l'aventure dans les années futures de l'hydrométallurgie.
Quant à la SMSP, sa stratégie a de nouveau été expliquée par André Dang, son président-directeur général : dans le cas de l'usine du Nord, engager des partenariats sur le territoire ou à l'extérieur, avec l'aciériste sud-coréen Posco ou, sur le même principe, le chinois Jinchuan, afin de valoriser du minerai qui ne peut-être traité localement.

Penser pays

Lorsque les trois usines implantées sur le sol calédonien, ainsi que l'unité sud-coréenne, atteindront leur capacité nominale, la Nouvelle-Calédonie fournira 230 000 tonnes de nickel métal, ce qui la propulsera dans le top 3 des producteurs mondiaux. Une perspective séduisante qui n'est pas sans enjeu. Comme l'a rappelé Gilbert
Tyuienon : « La maîtrise et la valorisation de notre ressource doivent s'appréhender à un niveau pays et non plus de manière parcellaire, car la Nouvelle-Calédonie doit être unie pour mieux consolider l'exploitation de son nickel. » Le chemin pour y parvenir n'est pas sans obstacle. Toutefois, des orientations ont été prises dans ce sens, comme la création d'un Comité stratégique industriel. Ou encore cet avant-projet de loi visant à instaurer une contribution minière et métallurgique destinée à alimenter un fonds nickel pour les générations futures. L'après-nickel doit se penser dès aujourd'hui.  

Frédérique de Jode

Un chiffre  : 230 000

C'est, en tonnes, la quantité de nickel métal que produira la Nouvelle-Calédonie à partir de 2014.

Il l'a dit

Didier Julienne, stratège des ressources naturelles : « Si le nickel est stratégique en Nouvelle-Calédonie, alors une doctrine nickel dessinée par les pouvoirs publics est nécessaire. »

Connaître la ressource

Envisager la stratégie de la filière nickel calédonienne sur le long terme passe par l’identification du potentiel de la ressource, sa teneur, sa localisation… Dans cette perspective, la DIMENC a effectué un inventaire du sous-sol calédonien, présenté dans ses grandes lignes lors de la conférence, afin d’estimer cette ressource. Cet inventaire a mis en lumière un potentiel de 1,3 million de tonnes de nickel métal dans les garniérites à une teneur de coupure de 2 %, et de 20 millions dans les latérites à une teneur de coupure de 1,4 %. Dans le rapport d'Anne Duthilleul, la durée de vie des gisements s'élève à 50 ans pour les garniérites, et 150 ans pour les latérites. Une longévité qui peut s'accroître grâce aux nouvelles technologies capables de valoriser du minerai à des teneurs plus faibles.

Le partenariat SMSP/Jinchuan a fait débat

Le récent partenariat engagé par la SMSP avec le géant chinois Jinchuan pour l'exploitation, en Chine, d'une usine hydrométallurgique détenue à 51 % par la SMSP et à 49 % par Jinchuan, fut l'objet d'un ping-pong verbal entre la province Sud et la province Nord. La première ne voit pas d'un bon œil cette politique, allant jusqu'à parler de délocalisation, estimant qu’il faudrait préserver les gisements pour une exploitation locale, se donner les moyens de consolider l'industrie métallurgique sur le territoire et non pas multiplier les projets off-shore. La réponse concernant cette stratégie développée par la SMSP ne s'est pas fait attendre de la part de la province Nord, par la voix de son président, Paul Néaoutyine : « Nous sommes passés d'un système dominant-dominé pendant plus d’un siècle, avec des populations locales qui voyaient leur passer sous le nez les retombées, à un système gagnant-gagnant ».

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Rédaction Made In

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L'équipe de rédaction Made In est composée d'intervenants ponctuels mais aussi de journalistes présents depuis plusieurs années. Ces derniers ont d'ailleurs leur propres signatures sur les articles qu'ils rédigent.

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