Depuis 2003, le magazine de l'information économique calédonienne
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Publié le
06 Avr. 2012

Pierre Gope : Un théâtre sans tabou

J’ai été très marqué par le conflit du port autonome en 2006. J’ai voulu approfondir ce sujet pour connaître les dessous de ces événements et souligner les tensions sociales, les dialogues de sourds, les manipulations et la corruption.
J’ai été très marqué par le conflit du port autonome en 2006. J’ai voulu approfondir ce sujet pour connaître les dessous de ces événements et souligner les tensions sociales, les dialogues de sourds, les manipulations et la corruption.

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C’est l’histoire d’un enfant de Maré qui se prend de passion pour le théâtre et l’écriture. À travers ses pièces, Pierre Gope et sa compagnie Cebue sensibilisent la société calédonienne en parlant de sujets difficiles. Avec l’espoir d’ouvrir les esprits et d’entamer un dialogue.

Comment un enfant qui n’est pratiquement pas allé à l’école et ne maîtrisant pas la langue française a-t-il pu embrasser une carrière de metteur en scène et être porté vers l’écriture ? Pierre Gope y voit la main du destin. « Je crois que chacun naît avec un don particulier. Le théâtre fut pour moi une révélation lorsque j’ai assisté en 1991 à une répétition du groupe Koteba, compagnie africaine dirigée par Suleiman Koly. J’ai alors quitté ma terre natale pour suivre le metteur en scène ivoirien à Abidjan. J’ai ensuite participé à des stages auprès de Peter Brook ou Peter Walker.» De retour au pays, il fonde sa propre troupe, Cebue (« mémoire » en langue de Maré). « Je me souviens du jour où vingt-huit personnes ont accepté de jouer un rôle dans ma pièce alors que je n’avais pas encore écrit un mot. Comme par miracle, les mots sont arrivés et j’ai créé ma première pièce intitulée Wamirat, fils du grand chef de Pénélo. Pour mettre au point la mise en scène, je dessinais un carré représentant l’espace scénique, sur lequel je posais des capsules de vin pour placer les comédiens. » 

Espace de dialogue

De ses années de tâtonnement, Pierre Gope a fait émerger un théâtre contemporain kanak, et il a parcouru le Territoire - mais également le monde - pour présenter ses pièces. Il est actuellement en train de travailler sur sa vingt-cinquième pièce, Noir soleil d’hiver, qui a pour thème l’inceste. Un sujet sensible comme le sont la plupart de ceux abordés par l’auteur : la violence, le viol, l’alcool, le droit des femmes, ou encore les dessous de la politique ou de la coutume. L’année dernière, Pierre Gope s’est attaqué au dialogue social avec Port Sucré, une pièce originale au ton virulent qui évoque l’intégration de la coutume et du palabre mélanésien dans les dispositifs de résolution des conflits sociaux. « J’ai été très marqué par le conflit du port autonome en 2006. J’ai voulu approfondir ce sujet pour connaître les dessous de ces événements et souligner les tensions sociales, les dialogues de sourds, les manipulations et la corruption. » Et ce, sans chercher à ménager les sensibilités. 

Le théâtre de Pierre Gope, qui bouscule et remue les méninges, serait-il provocateur ? « Je dirais plutôt que c’est un théâtre populaire d’engagement, de sensibilisation, qui s’adresse à toutes les communautés qui vivent en Nouvelle-Calédonie. Dans un pays où les ethnies se côtoient sans se mélanger, le théâtre est un espace où l’on peut - le temps d’une pièce - cohabiter, se mélanger, une passerelle en définitive. Le théâtre permet d’exprimer tout haut ce que les gens pensent tout bas, sans tabou. Mes pièces n’offrent pas de solutions mais une réflexion, elles ouvrent les esprits, et engagent le dialogue. » Le metteur en scène n’oublie jamais de distiller dans ses textes une touche de poésie, de sincérité et d’humour. Et si les mots sont parfois durs, les thèmes soulignant les travers de la société calédonienne, l’homme de théâtre est optimiste quant à l’avenir de la Nouvelle-Calédonie. « J’ai foi dans la politique de mon pays, même si j’en dénonce les dérives. Je crois en la possibilité d’une cohabitation harmonieuse entre les communautés. Nous sommes dans le même bateau et nous devons partager et nous entraider pour vivre et avancer ensemble, chacun apportant sa pierre à l’édifice. » C’est à travers le théâtre que Pierre Gope participe à la construction de son pays, avec un enthousiasme communicatif

Frédérique de Jode

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