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Publié le
28 Déc. 2014

Rémy Moyen - Photographe au grand cœur

Voyageur dans l'âme, le photographe Rémy Moyen a posé en 1975 ses valises et ses objectifs en Nouvelle-Calédonie.
Voyageur dans l'âme, le photographe Rémy Moyen a posé en 1975 ses valises et ses objectifs en Nouvelle-Calédonie.
Photo : Rémy Moyen by Rémy Moyen

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Derrière son objectif, Rémy Moyen a été un témoin de l'histoire calédonienne. Alors qu'il décide de mettre un terme à son métier de reporter-photographe, une version actualisée de son ouvrage sur les Événements, Arrêt sur images, vient d'être publiée. Un témoignage photographique poignant.

Si Rémy Moyen cultive désormais son jardin et redonne vie à une vieille Mini, personne n'a oublié le photographe aux yeux bleus et aux boucles blondes rebelles qui collaborait à de nombreux magazines locaux. Et surtout pas, les journalistes qui l'ont côtoyé... Derrière son objectif, Rémy a passé presque quarante années à capter la vie du Caillou. Parti de la métropole en stop avec trois autres copains, ce baroudeur dans l'âme pose en 1975 son sac à dos en terre calédonienne, territoire dont il ne sait pas grand-chose, mais avec l'envie de goûter aux frissons de l'ailleurs. «  L'envie de découvrir le Pacifique Sud, précise-t-il, s'est déclenchée après la sortie du film de Barbet Schroeder, La vallée, qui se déroule en Nouvelle-Guinée.»

Soif de liberté

Il passe son enfance et son adolescence à Madagascar, pays de son cœur, où son père est préfet ; puis il commence des études de kinésithérapeute à Montpellier. Mais il y étouffe.

« Le décalage était grand entre la vie à Madagascar aux parfums de liberté et celle de la métropole où je me sentais à l'étroit », se souvient Rémy. Pour répondre à l'appel du large qui le démange, il participe en tant que photographe en 1971 au premier raid Paris-Persépolis en 2CV, organisé par Citroën. Une expérience d'un mois qui le réjouit. L'année suivante, direction l'Afrique, avec un ami et toujours en 2CV, jusqu'à Bangui. « Une traversée inoubliable du Nord au Sud, notamment ces incroyables paysages du désert du Sahara. »

Correspondant de l'AFP

C'est ensuite l'arrivée en Nouvelle-Calédonie où, après avoir pêché des langoustes à Tiga — un des nombreux métiers qu'il a exercés —, Rémy Moyen se consacre à la photographie à Nouméa. Il collabore, en freelance, à différents titres de la presse locale, puis ouvre un labo de développement. Jusqu'au jour où, sans hésiter une seconde, il accepte de devenir correspondant permanent de l'Agence France Presse. Nous sommes en 1984, l'année où les Événements embrasent la Nouvelle-Calédonie. Rémy Moyen, au volant d'une voiture rouge reconnaissable, sillonne en long et en large le territoire pour rendre compte, derrière son objectif, de cette période tragique. En observateur neutre. La peur vite oubliée face au danger. « Ce fut une période intense, raconte-t-il, non seulement sur un plan professionnel, mais aussi sur un plan humain. Je partais sur la côte Est pour faire des photos, je rentrais les développer pour ensuite les envoyer par bélinographe, et je repartais sur le champ. » Malgré sa neutralité, le photographe a été parfois pris à partie à Nouméa. « Le fait que l'on me voie me promener en compagnie d'Éloi Machoro à Thio a été mal interprété par certains. »

En noir et blanc

Ses photos poignantes — qui immortalisent les manifestations, les barricades érigées, les explosions, les hommes cagoulés et armés, les affrontements — ont fait la une des médias nationaux et internationaux. Certaines d'entre elles ont été regroupées dans son livre Arrêt sur images, sorti en 2004, soit dix ans après la fin de sa collaboration avec l'AFP. Un livre qui fait cette année l'objet d'une réédition actualisée et augmentée, sous le titre Événements, Un regard en noir et blanc*. « Toutes les photos de la première édition sont présentes, mais enrichies de nouvelles pour la section « Figures », explique le reporter. Des commentaires ont été également réécrits, pour donner une autre perspective, sans trahir les faits et les émotions de cette période. » Les portraits de Jacques Lafleur et Jean-Marie Tjibaou tiennent ainsi une large place en raison de leur engagement dans le processus de paix. « J'ai hésité quand même à franchir le pas d'une nouvelle édition, mais d'une certaine façon, ces images peuvent éclairer, trente ans après, cette période troublée. » Elles s'inscrivent effectivement dans l'histoire du pays, alors que s'annonce le choix pour la Nouvelle-Calédonie de l'indépendance ou de l'autonomie au sein de la République française. Par ses photos, Rémy Moyen fut un témoin à part entière. S'il a pris la décision de mettre un terme à son métier, il n'a pas définitivement mis au placard ses appareils photo. Ni sa soif de découverte. Son moteur !

Frédérique de Jode

* Aux Éditions du Lémurien

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